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Respiration et tai-chi-chuan

Fonction essentielle pour les organismes vivants, la respiration fait l'objet d'une attention particulière en tai-chi-chuan. Elle s'harmonise avec les mouvements et établit un lien entre le corps et l'esprit. Est-il possible de construire des ponts entre les descriptions physiologiques traditionnelles et modernes ?

Mécanisme respiratoire de base

Sur le plan anatomique, à l'inspiration, le dôme du diaphragme s'aplatit*, les côtes et le sternum montent, le dos s'élargit, ce qui provoque une augmentation du volume de la cage thoracique et une entrée d'air dans la trachée vers les poumons. A l'expiration, le diaphragme et les muscles intercostaux se relâchent, les côtes et le sternum s'abaissent, le dos semble se rétrécir, ce qui cause une diminution du volume de la cage thoracique et une expulsion de l'air des poumons vers l'extérieur. On notera que pour ne pas entraver ce mécanisme respiratoire, l'axe du corps doit demeurer vertical, conformément à un principe essentiel du tai-chi-chuan.

En tai-chi-chuan, il existe par ailleurs un adage qui guide admirablement le pratiquant : "le souffle vital coule dans le champ de cinabre (田/ chén dān tián)". On constate immédiatement que cette description est parfaitement incompatible avec la physiologie moderne si le souffle vital est assimilé à l'air respiré. En effet, l'air demeure dans la cage thoracique et ne pénètre évidemment pas dans la cavité abdominale, où se situe le champ de cinabre inférieur. En revanche, à l'expiration, le relâchement musculaire, l'abaissement des côtes et du sternum, et le rétrécissement du dos donne en effet l'impression d'une descente coulant vers le ventre, conformément à l'adage.

diaphragme et respiration

Respirations abdominales normale et inverse

À ce mécanisme automatique s'ajoutent deux méthodes respiratoires opposées répondant à des attentes bien distinctes. La première, dite abdominale normale (顺腹式呼吸 / shùn fù shì hū xī), vise à apaiser ; elle consiste à gonfler légèrement le ventre à l'inspiration. La seconde, dite abdominale inverse (逆腹式呼吸 / nì fù shì hū xī), est plus tonifiante et est donc souvent employée dans les arts martiaux tels que le tai-chi-chuan. À l'inspiration, les viscères sont légèrement comprimés en rentrant le ventre en combinaison avec l'aplatissement du diaphragme et le maintien du plancher pelvien. À l'expiration, les organes internes reprennent leur place naturelle, en accord avec l'abaissement des côtes et du sternum ainsi que le relâchement du diaphragme et des muscles intercostaux.

Généralement, on recommande aux débutants d'adopter une respiration naturelle, qui s'adaptera spontanément aux mouvements d'ouverture et de fermeture du corps. Le travail de la respiration abdominale inverse permet d'entrer dans une recherche plus subtile et plus efficace sur le plan martial. Dans un premier temps, elle peut se mettre en place dans les postures statiques telles que celle du pieu (zhàn zhuāng, 站桩).

* Pour attirer de l'air dans la trachée, il faut nécessairement que le diaphragme s'abaisse afin de créer une dépression dans la cage thoracique.

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