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Manuels anciens du style Chen

Au début du vingtième siècle, trois ouvrages consacrés au tai chi chuan style Chen sont publiés successivement par Chen Zhaopi, en 1930 et 1935, et Chen Ziming, en 1932. Ce billet se propose de comparer leur contenu.

Chen Zhaopi 1930

Le premier livre de Chen Zhaopi (1893-1972) s'intitule "Explications générales des fondamentaux du tai ji quan". Dans une première partie sont cités des textes attribués à Chen Changxing (1771-1853). En réalité, cette paternité n'est pas établie, et certains passages sont clairement empruntés à des ouvrages antérieurs. Ainsi, sa description succincte d'un ancien enchaînement s'inspire fortement des trente-deux postures du manuel militaire du général Qi Jiguang (1528-1588), et ses dix principes essentiels sont tirés d'un manuel de xing yi quan antérieur. Le premier principe met l'accent sur le fonctionnement unifié et harmonieux du corps. Le second présente le principe d'alternance des opposés. Le troisième décompose chaque partie du corps en trois sections. Le quatrième explique les quatre extrémités que sont les cheveux, la langue, les dents et les ongles. Le cinquième est consacré aux cinq organes (cœur, foie, rate, poumons, et reins). Le sixième revient sur les trois coordinations internes (cœur et intention, souffle et force, tendons et os) et les trois coordinations externes (main et pied, coude et genou, épaule et hanche). Le septième décrit six avancées. Le huitième dévoile les principes stratégiques qui gouvernent l'expression corporelle (par exemple se dilater ou se condenser, s'élever ou s'abaisser, charger ou se replier, faire volte-face ou se tourner). Le neuvième pointe l'importance des pas. Le dixième et dernier principe essentiel discute de la complémentarité de la fermeté et de la souplesse, c'est-à-dire de la force et de l'habileté. Cette partie est complétée par une énumération de clés essentielles pour le combat, là encore tirées du même manuel de xing yi quan. Ce sont des recommandations stratégiques, techniques, et qui concernent l'état d'esprit que doit adopter le combattant.

Chen Zhaopi nous livre ensuite ses explications sur les 74 postures de l'enchaînement fondamental du style Chen.

Chen Ziming 1932

L'ouvrage de Chen Ziming (1872-1951), beaucoup plus complet, a paru deux ans plus tard, dans un climat de promotion des arts martiaux pour revigorer la nation face à l'impérialisme étranger. Son titre insiste sur l'héritage transmis au sein du clan des Chen. Son avant-propos fournit des commentaires généraux utiles à la fois pour la compréhension du livre et pour aborder la pratique. L'une des préfaces mentionne que pour sa préparation, Chen Ziming invita l'historien Tang Hao à conduire des recherches au sein du village des Chen (vraisemblablement en 1931). Par ailleurs, l'auteur (élève du fameux Chen Xin) précise que son livre présente la nouvelle forme (aujourd’hui connue sous le nom de xiao jia, petite forme) du style Chen, qui résulte d'une évolution de l'ancienne forme.

En premier lieu, les biographies des plus fameux représentants de l'art martial de la famille Chen sont fournies, à commencer par celle du patriarche, Chen Wangting (1600-1680). Elles recensent les faits d'armes des villageois du clan des Chen, notamment lors de la révolte des Taiping (1851-1864). Chen Ziming reprend ensuite l'essence du traité de son maître Chen Xin (publié ultérieurement). Le pratiquant est par exemple invité à adopter une attitude humble mais déterminée pour mener à bien son apprentissage des arts martiaux. Avec le temps, à condition de se livrer à un travail consciencieux guidé par une volonté initiale et une persévérance inébranlable, le naturel surgira. D'autres conseils quant aux qualités requises sont donnés. Sont mentionnées également celles qui se manifestent chez un pratiquant accompli. L'auteur dévoile aussi des principes reçus de son propre père. Il décrit ensuite l'enchaînement en treize sections (équivalant à l'enchaînement présenté par Chen Zhaopi).

Une section du livre est aussi consacrée au travail des mains collantes, alors appelées "les mains qui grattent" ou "les mains qui pressent", contrairement à la dénomination de "mains qui poussent" préférée par la famille Yang. Les quatre techniques fondamentales (déraciner, tirer, presser et appuyer) y sont décrites. S'y ajoutent seize caractéristiques et trente-six erreurs à éviter.

En conclusion figure un résumé de Tang Hao sur les origines du tai ji quan. Il les fait remonter à Chen Wangting, de la neuvième génération du clan Chen, et rappelle les connexions existantes avec les postures du général Qi Jiguang.

Chen Zhaopi tuishou 1935

Cinq ans après son premier ouvrage, Chen Zhaopi signe un nouvel ouvrage, sorte d'anthologie des enseignements de la famille Chen. Elle fait l'objet d'un livre publié récemment par Mark Chen aux éditions Blue Snake Books, Berkeley. Chen Zhaopi le considère comme une suite de son introduction publiée en 1930. Pourtant, on y trouve peu de différences. Celui de 1935 contient notamment quelques notes biographiques et des explications sur la poussée des mains.

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