· 

Pourquoi ce nom de tai-chi-chuan ?

tai-chi et yin-yang
Crédit : Arnaud Le Torriellec (Trésor du Tai-Chi par Weijia Cambreleng et Rodolphe Pollet, Atlande, 2019)

Au cours de l'atelier d'hier, dimanche 17 mars 2019, sur le premier enchaînement du style Chen, ses applications martiales, et la poussée des mains, un thème a émergé de lui-même. C'est celui qui justifie le nom de cet art martial. Loin d'être un simple jeu de l'esprit, une tentation poétique ou philosophique, ce nom renvoie à un concept () qui doit être incarné de façon très concrète par le pratiquant. Ce concept renvoie bien sûr à la complémentarité et l'alternance au sein du couple yin-yang (). Celles-ci doivent véritablement habiter chaque mouvement du pratiquant. Son art se résume souvent aux deux paires suivantes :

  • vide et plein () ;
  • ouverture et fermeture (合).

Chaque posture, chaque mouvement se caractérise par la présence d'un vide, d'un plein, d'une ouverture, d'une fermeture. Et tout comme une part de yang subsiste toujours dans le yin (et respectivement), il demeure toujours une part de vide dans le plein (et respectivement) ou une part d'ouverture dans la fermeture (et respectivement).

Prenons en premier lieu l'exemple de la posture dite 70-30, où une jambe est principalement pleine et l'autre principalement vide. Dans cette posture, la projection du centre de gravité sur le sol demeure dans le tiers central de la distance qui sépare les deux pieds (voir les explications dans la vidéo suivante). Passée cette limite, une jambe devient excessivement lourde et l'autre excessivement légère, ce qui expose à un déracinement ou un balayage. Quant à la jambe dite vide, il est crucial d'être attentif à préserver en elle une part de plénitude sans quoi elle deviendrait flottante et susceptible de ployer sous l'écrasement d'un pied de l'adversaire. Ceci est non seulement vrai dans les postures statiques mais aussi lors des déplacements, en reculant pour absorber ou en avançant pour ébranler la structure adverse.  Du point de vue mental, il est bon de retenir que l'esprit aura tendance à se focaliser exagérément sur la main ou la jambe dominante. Il nous incombe d'éviter cet écueil par le travail de l'intention.

Ces principes se transposent aussi dans la stratégie martiale. On peut en effet présenter un plein avant de vider subitement ou offrir un vide avant de remplir. Lors de cet atelier, nous avons ainsi vu qu'avant d'attirer l'autre dans un vide en tirant puis écrasant son bras, il est important de commencer par appliquer une force en expansion dans la direction opposée, ce qui conduit l'adversaire déstabilisé à vouloir rétablir son équilibre, permettant ainsi de combiner son mouvement de retour à notre traction. Dans le cas d'une autre application, en réponse à une poussée des deux mains sur notre abdomen, on pourra opposer un plein avant de vider subitement son ventre tout en exerçant un appui percussif de nos mains sur ses avant-bras. Ou à l'inverse, on offrira un vide avant de remplir son ventre tout en tirant son coude vers celui-ci pour exercer une pression douloureuse sur son poignet.

A travers ces quelques principes et exemples, on aura compris que le nom de cet art martial n'est pas dû au hasard, et que tout bon pratiquant se doit d'incarner de façon très concrète l'essence du tai ji.

Écrire commentaire

Commentaires: 0