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Passage du 4e duan de tai-chi-chuan

Quelles que soient les motivations qui poussent à passer un grade, la préparation (en solo et avec un partenaire), le passage (notamment la gestion du stress), puis l'analyse (suite aux remarques du jury) permettent de faire un point sur sa pratique. Ce dimanche 6 janvier, c'était à mon tour de tenter le passage du 4e duan de tai-chi-chuan.

La création des duans de tai-chi-chuan en France est assez récente (voir la vidéo ci-dessous). Dans mon cas, il s'agissait d'un grade décerné par la fédération d'arts énergétiques et martiaux chinois (FAEMC). Celle-ci impose certaines conditions telles qu'un âge et un temps de pratique minimum (voir le tableau ci-dessous). Pour chaque discipline représentée, des épreuves techniques spécifiques doivent être validées.

Duan Âge minimum (ans) Temps de pratique minimum entre chaque duan
 1  16 3 ans
2 19 2 ans après le duan 1
3 23 3 ans après le duan 2
4 28 4 ans après le duan 3
5 34 5 ans après le duan 4
6 41 6 ans après le duan 5
7 51 aucun
8 61 aucun
9 71 aucun

La diversité et la difficulté des épreuves est évidemment croissante entre chaque duan. A titre indicatif, voici celles à valider pour le 4e duan :

  1. extrait d'une forme longue à mains nues en 5 min maximum (dans mon cas, le 1er enchaînement ancien du style Chen) ;
  2. extrait d'une deuxième forme à mains nues en 5 min maximum (dans mon cas, les Poings Canons du style Chen) ;
  3. forme avec arme en 5 min maximum (dans mon cas, l'épée du style Chen) ;
  4. deuxième forme d'arme en 5 min maximum (dans mon cas, le sabre du style Chen) ;
  5. démonstration d'applications martiales demandées par le jury face à un partenaire (au moins deux par mouvement de la forme) puis réponses libres et souples à des attaques libres et souples, d'une durée maximum de 8 min ;
  6. poussée des mains (tuishou) en déplacements incluant l'expression des 8 portes et leurs transformations ainsi que des applications martiales de la forme demandées par le jury et leurs transformations, d'une durée maximum de 10 min ;
  7. entretien avec le jury (10 min maximum).

Les quatre premières épreuves sont regroupées dans l'UV 1, validée si la note est supérieure à 25/50. Les cinquième et sixième épreuves correspondent respectivement aux UV 2 et 3, validées si les notes sont supérieures à 10/20. Quant à l'UV 4 (entretien), elle est validée si la note atteint au moins 5 sur 10. On constate donc au passage que la pratique des enchaînements en solo (à mains nues ou avec armes) compte pour la moitié de l'évaluation, tandis que le travail avec un partenaire correspond à 40% du total.

Ce dimanche 6 janvier, nous étions donc quatre candidats convoqués dans un gymnase de la rue de Picpus à Paris pour le passage du 4e duan. Chacun disposait d'environ une heure pour convaincre les juges. Les trois premiers candidats pratiquaient le style Yang, déroulant des mouvements lents et continus. Par contraste, je savais que ma prestation provoquerait l'étonnement. Plutôt que d'opter pour une démonstration édulcorée, j'avais pourtant décidé de présenter ma pratique conformément à mes entraînements quotidiens et aux enseignements que mes professeurs m'avaient transmis. Je remercie au passage le camarade qui s'est joint à moi pour les UV 2 et 3. Notre démonstration n'était que partiellement chorégraphiée, une bonne part restant improvisée, ce qui présentait un certain risque.

 

Sans trahir le secret de l'entretien que j'ai eu avec le jury, qui comportait des points de discussion techniques intéressants, j'aimerais mentionner un débat qui mérite selon moi une analyse. À plusieurs reprises, on me questionna sur la dimension interne de ma pratique, et plus largement du style Chen, me faisant notamment remarquer mon état de transpiration qui contrastait avec la tranquillité affichée par les candidats précédents. J'expliquai tout d'abord que je n'opposais pas interne et externe, les deux composantes se nourrissant mutuellement, ce que je pense sincèrement. En particulier, la forme extérieure se doit  d'être la plus juste possible sans quoi le souffle vital ne saurait être conduit avec précision. J'attirai aussi l'attention des juges sur le fait que les enchaînements que j'avais présentés comportaient des enjambées, des sauts, des coups de pieds (y compris sautés), des balayages au sol, qui occasionnaient inévitablement une dépense énergétique significative, malgré le calme et le relâchement qui président aux mouvements. Mon impression est que certains juges ne furent pas totalement convaincus par ces arguments, mais j'imagine qu'ils n'ont jamais expérimenté une telle pratique. Je repensais aussi secrètement à une phrase énoncée par Me Wang Xi'an lors d'un stage en France : "chaque goutte de sueur que vous avez versée est un pas dans la bonne direction".  J'en avais versées tellement lors de mon dernier stage en Chine dans l'école de Me Zhang Baozhong ...

 

Épilogue : le jury me décerna le quatrième duan en me félicitant pour ma prestation. Ce résultat eut pourtant un goût amer, car certains commentaires révélèrent que le style Chen n'est pas encore parfaitement accepté dans le paysage du tai-chi français. Je salue cependant l'esprit d'ouverture du jury et les remercie pour le temps qu'ils ont consacré à examiner ma prestation.

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Commentaires: 1
  • #1

    Olivier (lundi, 11 février 2019 20:33)

    Content de voir qu'il y a une certaine exigence de la part de cette organisation, mais ce que tu dis montre que le chemin est long pour ouvrir les esprits à des pratiques du taichi plus physiques. Perso je pratique le chen (beaucoup de sueur) et je commence une nouvelle forme encore moins orthodoxe toute en reptation. Les mecs hallucineraient total pourtant c'est une forme très ancienne et authentique.