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Chenjiagou 2015

Trois années se sont déjà écoulées depuis ma dernière visite à Chenjiagou, berceau du tai-chi-chuan. Labeur, camaraderie, rencontres et découvertes inattendues étaient au programme de ce voyage inoubliable.

Pour commencer, je me souviens que ce voyage tant attendu a failli être annulé en raison d'une déchirure musculaire au mollet gauche. Un mois avant le départ, je marchais donc à l'aide de béquilles. Repos, mésothérapie, et séances de kiné sont finalement venus à bout de cette menace qui pesait sur mon voyage.

Me voici donc à Chenjiagou en avril 2015. Le village, autrefois très rustique, est déjà en pleine transformation. Partout, des trous, des fosses, des puits, et des nouveaux bâtiments qui jaillissent de terre. Le nouveau musée est déjà achevé, mais on peut encore se promener le long de la rigole qui a donné son nom au village et visiter le vieux cimetière où se dressent les stèles de personnages illustres tels que Chen Zhaopi. Surtout, des écoles se nichent au fond de nombreuses ruelles dans le village, abritant leurs maîtres et élèves jusque tard dans la soirée (notammment celle de Wang Zhanjun à l'écart du village, celle de Chen Bing à l'entrée, celle de Chen Xiaoxing en plein centre). Derrière la porte de l'une de ses ruelles, je rencontre Zhang Fuwang, un disciple de la première heure de Me Wang Xi'an. Dans la cour intérieure de son logis, en petit comité, nous buvons du thé, conversons amicalement, et pratiquons l'épée du style Chen, dont il est l'un des plus fameux spécialistes.

Durant ces huit premiers jours, nous travaillons surtout inlassablement la lance du style Chen sous la férule de Me Wang Xi'an. Le groupe est constitué d'une douzaine d'élèves, qui s'entraînent dans un immense complexe sportif. Zhang Fuwang dirige aussi un cours dans l'une des salles. La méthode d'apprentissage du village est infaillible : entraînements intenses et répétitions multiples en variant la vitesse. Avant de quitter Chenjiagou, nous assistons solennellement à une cérémonie d'intronisation de disciples dans la maison natale de Me Wang Xi'an, qui a convoqué Zhang Fuwang en qualité de témoin.

La suite des entraînements se déroule dans les environs de Jiaozuo, dans un hôtel niché dans des montagnes dotées de nombreuses cascades (云台山). La forme de synthèse en 42 mouvements élaborée par Me Wang Xi'an est désormais au programme. Sa méthode se compose de répétitions, d'indications précises, de sensations véhiculées par le toucher, d'exigence quant à l'intention qui doit animer les mouvements, et parfois de séries de techniques explosives et libératoires. Avant de quitter la province du Henan (et ses séances de massages, ses repas à boire du baijiu), je n'oublierai pas la demande de Me Wang Xi'an d'exécuter une dernière fois l'enchaînement de lance (avec une vulgaire baguette) afin de vérifier si celui-ci était correctement mémorisé.

Ce voyage s'achève en beauté à Pékin, que nous rejoignons en prenant un train de nuit. Dans la capitale vit un autre disciple de Me Wang Xi'an nommé Song Jian. En compagnie d'un élève et ami, je me rends dans sa salle, où nous passons une journée enthousiasmante. Son accueil est très chaleureux, les conversations sont passionnantes, le lieu est magnifique, et sa générosité me permet notamment de goûter au tuishou libre mais souple, qu'il utilise pour insister sur quelques points essentiels de la pratique, structurels et stratégiques. Un an plus tard, de passage en France, il accepte de donner un cours exceptionnel pour l'association où j'enseignais le style Chen.

A l'occasion de ce voyage initiatique, j'ai aussi croisé la route de Zhang Baozhong, sans aucun doute l'un des meilleurs et plus proches disciples de Me Wang Xi'an. Lors de la cérémonie d'intronisation, étranger aux mondanités, arborant barbe et t-shirt rouge, il s'étirait à l'écart des spectateurs et chahutait avec des jeunes. En dehors des cours, il accompagnait souvent Me Wang Xi'an. Et si je recroisais sa route trois ans plus tard ?

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