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Tirer dans des directions opposées - 对拉

L'action qui consiste à "tirer dans des directions opposées" (对拉) est fondamentale en tai-chi-chuan. Là réside à la fois l'efficacité martiale et une méthode pour améliorer la santé.

Tout d'abord, attardons nous sur les caractères chinois et leur signification. Il s'agit bien de 对拉  (duì lā) et non de 推拉 (tuī lā). Le second caractère signifie tirer. Le premier caractère signifie opposé et non pousser. L'action va donc consister à éloigner simultanément deux parties du corps l'une de l'autre. Ses effets sur la santé sont donc liés à l'étirement prononcé des muscles, tendons, et fascias. Du point de vue martial, cette action se niche dans quantité d'applications.

 

Par exemple, comme l'illustre cette image de Zhang Baozhong exécutant le mouvement 金刚捣碓 (le gardien céleste pile le mortier), la jambe gauche pénètre vers l'avant tandis que les bras tirent vers l'arrière. Ceci permet de conduire la force d'un adversaire vers l'arrière tout en avançant à l'intérieur de sa garde afin de le déstructurer.

Tai-chi-chuan style Chen de Wang Xian
Zhang Baozhong (张保忠)

Cette force s'applique aussi lors du contrôle d'un bras, comme dans la technique 闪惊捋 (tiré foudroyant) démontrée par Li Tianjin. Ici, sa main droite attire vers lui l'avant-bras de son partenaire tandis que son avant-bras gauche éloigne son arrière-bras, produisant une séparation et amenant à une projection vers le sol.

Technique de défense du tai-chi-chuan
Li Tianjin (李天金)

Dans un troisième exemple, la séparation apparaît entre le bas et le haut. Cette situation est assez fréquente, mais on peut notamment penser à la posture du coq d'or se tenant sur une patte (金鸡独立), illustrée ici par Zhang Fuwang. Afin de conserver son ancrage dans le sol pendant que la main gauche monte, les aines se détendent, le corps s'abaisse, la main droite presse vers le sol ; on exerce des forces dans des directions opposées.

Le coq d'or se tient sur une patte
Zhang Fuwang (张福旺)

On pourrait multiplier les exemples (notamment lors des frappes du poing ou du coude), mais je vais conclure sur un autre mouvement impliquant une séparation entre le haut et le bas. C'est Chen Erhu qui l'illustre en exécutant l'action d'envelopper le genou. Là encore, les mains ne se contentent pas de soulever. Le corps s'abaisse aussi en détendant les aines. On retrouve à nouveau cette action de tirer dans des directions opposées, 对拉 (duì lā).

Envelopper le genou
Chen Erhu (陈二虎)

A travers ces quelques exemples, nullement exhaustifs, on aura constaté que tirer dans des directions opposées est très fréquent sinon omniprésent dans le tai-chi-chuan style Chen. En effet, le corps fonctionne comme un tout, pas comme un assemblage de segments indépendants les uns des autres. Une action de l'une de ses parties dans une direction est contrebalancée par l'action d'une autre partie dans la direction opposée.

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Commentaires: 1
  • #1

    Yves (mardi, 17 octobre 2017 10:32)

    C'est très Clair. merci Rodolphe.